La Grèce vire au drachme

Publié le par Yassine K.

Sans majorité gouvernementale depuis les élections législatives anticipées du 6 mai, la Grèce plonge dans une impasse politique. Le succès des partis anti-austérité inquiète les dirigeants européens et pose la question de la sortie de la Grèce de la zone euro.

 

 

« Non à l'austérité ». Le message scandé depuis des mois par les manifestants dans les rues d'Athènes s'est traduit dans les urnes. Avec 151 sièges remportés sur les 300 que compte le Parlement grec, les partis anti-austérité, symbolisés par la percée de Syriza, le parti de la gauche radicale, sont les grands vainqueurs des élections législatives anticipées du 6 mai.

 

Un véritable camouflet pour la « Nouvelle-démocratie «  et le Pasok, les partis traditionnellement au pouvoir depuis 40 ans et pro-européens, qui ne récoltent que 149 sièges. Dans l'incapacité de former une majorité gouvernementale, la Grèce se dirige encore un peu plus au bord du chaos. De nouvelles élections sont prévues le 17 juin pour sortir de cette impasse politique.

 

Au bord du chaos

 

Au lendemain des élections, un climat insurrectionnel envahit la Grèce. Pris de panique, les Grecs se sont mis à vider leur comptes en banque de peur de voir toutes leurs économies gelées. Des centaines de millions d'euros ont été retirées depuis deux semaine. De leurs côtés, les marchés financiers s'agitent. Avec un taux d'emprunt qui a passé la barre symbolique des 30%, les marchés financiers anticipent de plus en plus une sortie de la Grèce de la zone euro.

 

Pis, le consensus de la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds Monétaire international) sur le maintien de la Grèce dans la zone euro commence à se fissurer. En témoigne les récentes déclarations de Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, et de Wolfgang Schaüble, le ministre des finances allemand, qui évoquent une possible sortie négociée de la Grèce. Au sein de la Commission européenne, un groupe de travail a même été mis en place pour étudier les modalités d'une éventuelle sortie de la Grèce.

 

Un soutien du bout des lèvres mais nécessaire

 

Officiellement, on affirme à Bruxelles que l'Europe va tout faire pour aider la Grèce à se sauver et rester dans l'UE. Même son de cloche du côté du couple Franco-Allemand. Lors de la visite de François Hollande, fraichement investit Président de la République, le 15 mai à Berlin pour rencontrer la Chancelière Angela Merkel, l'Allemagne et la France ont réaffirmé dans une conférence de presse commune leur attachement au maintien de la Grèce dans la zone euro.

 

Un soutien nécessaire tant une faillite de la Grèce engendrerait des conséquences désastreuses pour la zone euro. Les dirigeants européens craignent un risque de contagion, une sorte d'effet « domino », qui toucherait les autres pays en difficulté. La situation économique de l'Espagne, du Portugal et de l'Italie est encore loin d'être stabilisée. Pour la Grèce, un retour à la drachme serait dramatique. Les entreprises perdraient toute compétitivité et le niveau de la dette exploserait encore davantage.

 

Des élections aux allures de référendum

 

Les nouvelles élections législatives du 17 juin seront décisives pour l'avenir de la Grèce. Il s'agira d'un referendumpour le maintien ou non de la Grèce dans la zone euro et a fortiori dans l'UE, les deux composantes étant intimement liées. Accepter l'austérité pour rester dans la zone euro, les Grecs sont confrontés à un choix cornélien.

 

Dès lors au sein de l'U.E, un véritable rapport de force se met en place pour faire pencher le vote grec en faveur de l'euro. Lors de la rencontre entre les ministres français et allemand des finances, Pierre Moscovisci et Wolfgang Schaüble ont déclaré vouloir « tout faire pour que les pro-européens l'emportent ». En filigrane, il faut voir un soutien affirmé aux partis pro-austérité du Pasok et de « Nouvelle démocratie ».

 

La Troïka se montre également inflexible et menaçante. Le versement de la prochaine tranche du plan d'aide de 130 milliards d'euro sera bloqué si le prochain gouvernement n'applique pas les réformes d'austérité promises. De son côté, Alexis Tsipras, leader de Syriza et chef de file des partis anti-austérité, entame une tournée européenne pour gagner des soutiens, à l'image de sa rencontre à Paris avec Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche. « Non à l'austérité, oui à l'Europe ». Une position qui ne convainc pas les dirigeants européens. En sera t-il de même des Grecs? Euro ou drachme? Les grecs choisiront le 17 juin.

 

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Publié dans International

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