La demande d'adhésion à l'ONU de la Palestine

Publié le par Koceyla K.

Le 23 septembre dernier, Mahmoud Abbas, président de l’autorité palestinienne, a déposé aux Nations Unies, une demande d’adhésion d’un Etat Palestinien, sur les frontières du 4 juin 1967.
En préambule, il est important de noter que cet acte ne vient pas comme « un cheveu sur la soupe », dans le processus de paix israélo-palestinien, mais qu’il s’inscrit dans une logique politique reposant fondamentalement sur deux éléments.
Le premier attrait au processus « Ending the occupation, establishing the state » entamé en 2009, sous l’impulsion du premier ministre palestinien Salam Fayyad, dont l’objectif était l’accession à la qualité d'État en deux ans. Cette démarche, profondément pacifique, visait à donner à l’autorité palestinienne une crédibilité nouvelle, à travers un développement économique soutenu, une administration plus rigoureuse, plus transparente, luttant contre la corruption et performante dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la sécurité (police).
Le second point concerne le discours d’Obama du 23 septembre 2010, aux Nations Unies, dans lequel le 44ème président américain avait appelé de ses vœux la création d’un Etat palestinien pour 2011. Il dira, à ce titre, «Nous pouvons revenir l'année prochaine avec un accord qui amènera un nouvel Etat membre aux Nations Unis, un Etat de Palestine indépendant et souverain».

Plus encore, la création d’un Etat palestinien semble inéluctable compte tenu du déséquilibre démographique entre populations juive et arabe, qui rend la solution à un Etat unique difficile. Car dans une telle perspective, Israël craint de voir la population juive être mise en minorité. En effet, le dynamisme démographique palestinien est impressionnant : avec environ 3.900.000 individus dont la moitié a moins de 18 ans et un taux d’accroissement naturel supérieur à 3%, c’est près de 5 million de personnes qui peupleront les territoires en 2015, auxquelles il faut ajouter les quelque 1,5 million d’arabes israéliens et les 5 millions de réfugiés palestiniens dispersés dans les pays voisins qui réclament un droit au retour.

S’il ne fait nul doute que l’action entreprise par Mahmoud Abbas est vouée à l’échec [il faudrait une majorité de 9 voix sur 15 au conseil de sécurité et cela sans véto des 5 membres permanents puis une majorité des deux tiers lors du vote à l’Assemblée générale], pourquoi était-elle nécessaire ? Quels sont les tenants et les aboutissants de la démarche palestinienne ? Et pourquoi avoir choisi l’ONU, alors que jusqu’ici, l’organisation a été incapable d’imposer quoi que ce soit à Israël ?


La volonté d’un Homme

Si sur le plan international, la démarche de M. Abbas a le mérite de remettre sur le devant de la scène la question palestinienne, il ne fait aucun doute que, du point de vu interne, cela lui octroie un regain de légitimité et de crédibilité. Acclamé dès son retour à Ramallah, celui qui souffrait d’un fort déficit de popularité, notamment à Gaza, a su regagner la sympathie de ses compatriotes malgré un parcours politique semé d’embuches. Au-delà de son échec dans la partition politique des territoires palestiniens entre le Fatah et le Hamas, l’homme fort de la Mouqata’a (QG de l’autorité palestinienne à Ramallah) traine une réputation d’homme conciliant avec le pouvoir israélien.

Bien que les critiques émises à son encontre soient excessives, elles trouvent un fondement objectif dans sa politique, notamment lorsqu’il a accepté, sous pression des Etats-Unis, le report de l’examen du rapport Goldstone (faisant état de crimes de guerre commis par Tsahal pendant l’opération plomb durci en 2008) par le conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

Toutefois, les gains escomptés en matière de politique intérieure ne sont pas suffisants pour comprendre la démarche d’Abou Mazen (« père de Mazen » ; surnom donné à M. Abbas, en mémoire de son fils ainé décédé en 2002).Le leader palestinien porte l’espérance de tout un peuple, qui, las des humiliations et des injustices, aspire à vivre en sécurité. Alors, quels seraient les bénéfices de la création d’un Etat palestinien ? Pourquoi la situation actuelle en Cisjordanie et à Gaza, exige-t-elle un statut nouveau ?


La sécurité de l'État

Le premier bénéfice de l’accès au statut d'État, est la sécurité, au sens large, que celui-ci garantit. Cette sécurité est à la fois économique, institutionnelle et sociale.

Soumis à la domination israélienne, les pouvoirs publics palestiniens ne disposent que de faibles compétences en matière économique. Actuellement, les droits de douanes sur les produits importés en Palestine sont collectés par Israël, avant d’être reversés à l’Autorité Palestinienne. Cette situation permet à Israël de disposer d’un moyen de pression ; qu’elle a d’ailleurs récemment mis en œuvre, en menaçant Mahmoud Abbas de stopper les versements, s’il persistait dans sa volonté de déposer une demande d’adhésion à l’ONU. L’économie palestinienne est donc extrêmement dépendante et artificiellement soutenue par la Communauté internationale. La carence institutionnelle décourage les investissements productifs et maintient les territoires dans une situation de sous-développement économique.

Sur le plan institutionnel, la toute puissance de la loi est du coté israélien. Cette mainmise législative confère à l’Etat hébreu une large marge de manœuvre dans la mise en place de ses politiques de domination. Cela transparait notamment dans son effort de colonisation de Jérusalem-Est. Afin d’annexer un maximum de territoire, Israël a eu recours à une extension des frontières municipales de Jérusalem (de 6,4 km² en 1967 à 164 km² aujourd’hui). Cette expansion s’est accompagnée de nombreuses expropriations et démolitions de maisons palestiniennes. A ce titre, Israël a mis en place une législation contraignante à l’égard des palestiniens, en invoquant l’illégalité d’un certain nombre de logement, ne disposant pas de permis de construction pour ordonner leur démolition (à noter que ces permis sont délivrés par les autorités israéliennes et qu’ils ne sont pas octroyés aux arabes). Une fois tous les recours légaux épuisés, les habitants se sont vu contraints de détruire eux-mêmes leur foyers afin d’échapper aux frais exorbitants de démolition imposés par les autorités municipales. Découragés, la plupart quittent Jérusalem. Le but in fine de cette politique est de renverser le rapport de force démographique entre juifs et arabes dans la ville sainte.

Enfin, l’absence d’Etat, rend la situation sociale particulièrement alarmante.

 

Une situation sociale préoccupante

Les indicateurs sociaux sont préoccupants dans les territoires palestiniens : le taux de chômage atteint 16% en Cisjordanie et 28% à Gaza, le taux de pauvreté est de 18% en Cisjordanie et de 38% à Gaza, la part totale de la population palestinienne dépendante de l’aide humanitaire s’élève à 37%.

Particulièrement touchés par la situation actuelle, les bédouins de Cisjordanie souffrent de graves problèmes d’accès à l’eau et d’insécurité alimentaire. La consommation d’eau moyenne dans leur communauté est de 20 litres par personne et par jour soit seulement 20% des recommandations faites par l’OMS en la matière.

Mais c’est à Gaza que les problèmes sociaux se concentrent et s’accumulent, faisant de cette bande côtière un terrain propice au développement des extrémismes. Le territoire souffre d’un isolement important imposé par le blocus israélien, ce qui rend difficile l’approvisionnement en matière premières indispensables au développement local. Par exemple, Israël réglemente fortement l’importation des matériaux de constructions, alors que la forte croissance démographique impose des besoins considérables en matière de construction de logements et d’infrastructures. Aujourd’hui, 85% des écoles de la bande de Gaza, en raison du trop grands nombre d’élèves, fonctionnent en double « shifts », c'est-à-dire qu’il y a deux sessions de cours (une le matin et une l’après-midi).
L’occupation provoque aussi beaucoup d’humiliations (sur lesquelles nous reviendront), notamment en termes de restrictions des libertés de déplacement. Cette situation induit une radicalisation de la société, dont le meilleur exemple est l’accession au pouvoir du Hamas. Le parti islamiste dispose d’une force armée : les brigades Izz al-Din al-Qassam [nommées en l’honneur du père de la résistance palestinienne : Cheikh Izz al-Din al-Qassam 1882-1935 qui lutta contre la présence britannique] qui perpétuent enlèvements, comme celui du caporal Gilat Shalit en 2006, et tirs de roquettes, provoquant des représailles de la part de l’Etat hébreu, dont souffrent principalement les populations civiles. Pis encore, de nouveaux groupes islamistes radicaux, totalement hors de contrôle du Hamas, ont vus le jour ces dernières années, accentuant d’un cran les menaces qui pèsent sur la population. Ces mouvances, se réclamant du djihadisme mondial, entendent bien imposer un contrôle social drastique en matière religieuse à la société gazaouie.


En finir avec l’injustice et les humiliations

Le sens profond de la démarche palestinienne est avant tout une question de dignité humaine. Car, depuis 20 ans, Israël a multiplié les politiques humiliantes envers les arabes, principalement l’occupation et la colonisation, qui s’apparentent à une véritable conquête du territoire palestinien.

La colonisation demeure le principal point de discorde dans les négociations de paix entre Israël et autorité palestinienne. Cette politique expansionniste, se traduit par la multiplication du nombre de colonies de peuplement. Aujourd’hui, on recense environ 300.000 colons juifs en Cisjordanie et quelques 193.000 à Jérusalem-Est.
Pour justifier sa politique, Israël prétend avoir besoin d’espace pour s’étendre. Pourtant le rythme de construction de logements est deux fois plus élevé dans les colonies que sur le territoire israélien depuis la fin du moratoire sur l’extension des colonies (octobre 2010).

La colonisation a pour conséquence la restriction de la liberté de mouvement des palestiniens. En arguant des impératifs de sécurité, Israël a entrepris en 2002 la construction d’un mur de séparation, qui en plus de violer le droit international, complique la vie de nombreux palestiniens. Premièrement, le mur est bâti sur le territoire palestinien et englobe, dans son tracé les colonies se trouvant près de la ligne verte, tant et si bien qu’aujourd’hui 10% des terres de Cisjordanie se trouvent à l’ouest du mur. Israël, qui lors des négociations, applique une politique du fait accompli, entend marquer physiquement la frontière afin d’annexer de nouveaux territoires.
De plus, La zone comprise entre la ligne verte et le mur, connue sous le nom de « seam zone » (zone de jointure) est considérée comme une zone militaire par Israël. Or, près de 8300 palestiniens y vivent, contraints de demander un permis spécial pour se rendre dans le reste de la Cisjordanie.
Mais les entraves à la liberté de circulation se font au sein même de la Cisjordanie. En effet, les accords d’Oslo de 1993, prévoient une division du territoire cisjordanien en trois zones de souveraineté distincte. Sur la zone C, la plus vaste (60% de la Cisjordanie), où s’exerce un contrôle exclusif des autorités israéliennes, le développement des communautés palestiniennes est fortement limité, voire interdit sur 70% de la zone. Cette interdiction concerne notamment la vallée du Jourdain, réservoir inestimable d’eau, dans une région où le précieux liquide se fait rare.
La bande de Gaza n’échappe pas à l’arbitraire de la politique israélienne. Malgré l’expulsion forcée des colonies par Ariel Sharon en 2005, Gaza ne savoure pas le goût de la liberté, car l’autorité palestinienne ne s’exerce pas sur les territoires maritime et aérien, ainsi que sur une partie du territoire terrestre. Israël, qui impose une « zone tampon » visant à limiter les incursions terroristes, prive les paysans du tiers des terres cultivables de la bande côtière. Les pêcheurs ne sont pas en reste, puisque une distance limite de 5km des cotes leur est imposée, restreignant grandement leur activité. Toutefois, pour survivre, les palestiniens sont obligés de braver ces interdictions, s’exposant aux tirs de l’armée israélienne.

En définitive, le désespoir plane sur la Palestine, tant les humiliations sont quotidiennes. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de voir une partie de la population embrasser la cause islamiste.



 

Pour la Communauté internationale, seules des négociations bilatérales permettront de régler l’ensemble des problèmes liés au dossier palestinien. A cet égard, la position américaine est emblématique. Le président Obama a préféré renvoyer les deux partis dos à dos plutôt que de saisir cette occasion historique. On dit souvent qu’un président américain consacre la fin de son premier mandat à sa réélection et la fin du second à écrire l’Histoire. Il semblerait que l’actuel titulaire du poste ne déroge pas à la règle.
Pourtant, pour donner sa chance à la paix, il faut agir vite. Déjà, en Israël, le règlement du conflit n’est plus au centre des préoccupations. Il y a 20 ans, des manifestations été organisées pour réclamer la paix, aujourd’hui, elles concernent les conditions de vie et la baisse du pouvoir d’achat. La société israélienne semble se replier sur elle-même, et ne tend plus l’oreille aux revendications palestiniennes, qui sont pourtant d’une simplicité primaire. Comme Mahmoud Abbas l’a très justement dit devant l’Assemblée Générale des Nations Unies :

“My people desire to exercise their right to enjoy a normal life like the rest of humanity. They believe what the great poet Mahmoud Darwish said: « Standing here, staying here, permanent here, eternal here, and we have one goal, one, one: to be »

Publicité

Publié dans International

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article