"L'étape" symbolise le rôle de l'action sociale des associations locales en hiver

Publié le par Yassine K.

Dans ce petit local de l'église Sainte Geneviève à Asnières dans les Hauts-de-seine (92), habituellement destiné au soutien scolaire, les équipes de bénévoles de l'Étape reçoivent les gens dans le besoin. Benoit, le sourire aux lèvres, nous accueille chaleureusement.  "Vous venez pour la soupe vous aussi?". Benoit n'est pas un bénévole de l'association mais une des nombreuses personnes venues se réchauffer dans ces lieux de solidarité. Aujourd'hui, il est le seul à s'être déplacé ce qui ne semble pas lui déplaire. "On va bien s'occuper de moi comme ça" dit-il le regard malicieux.

Hervé, trésorier de l'association, tient compagnie à Benoit en jouant avec lui à un jeu de société pendant que Mylène et Sylvie prépare une nouvelle soupe dans la cuisine. "Regarde! Il est là le 7" lance Hervé à Benoit en désignant le carton numéroté du doigt. "Et il y a le 9 ici aussi" répond Benoit visiblement passionné par le jeu. L'étape est un lieu de partage et de convivialité où les personnes les plus démunies financièrement  peuvent venir partager un repas et un moment de dialogue le samedi midi et le dimanche matin. En ces temps de grand froid, l'association a décidé d'organiser tous les mardi soir une distribution de soupe. "Alors Benoit, elle est bonne la soupe?" lance un des bénévoles.

Depuis quelques mois, L'étape a du pain sur la planche tant la demande de repas gratuit est forte comme le souligne Sylvie, technicienne en radiologie et bénévole de l'association: "Il y a une dizaine d'années, on recevait majoritairement des personnes âgées, démunies financièrement, souvent sans abris. Mais depuis quelques temps, on sent que le public s'est beaucoup diversifié. On commence à recevoir des familles nombreuses, des femmes isolées, et même de nombreux jeunes". Les classes moyennes et populaires de la société, qui ont vu leurs pouvoirs d'achat  mis à mal par la crise, sont contraintes de venir s'alimenter dans les établissements solidaires pour maintenir un niveau de vie décent.

Au delà de la simple soupe, c'est un réel moment de convivialité que viennent en réalité chercher les personnes démunies. Pour Sylvie, "il s'agit d'un moyen pour eux de retrouver les repères sociaux qu'ils ont perdu." Prendre une soupe à l'Étape c'est surtout se resocialiser et ce même si cette parenthèse n'est qu'éphémère. Le cas de Benoit est symbolique. Bien qu'il ne soit dans une situation précaire, il apprécie le fait de pouvoir être écouté. "Je n'aime pas manger seul chez moi. Ici, j'ai trouvé de la compagnie". Plus qu'un repas, ces personnes recherchent un peu de chaleur humaine. "Le nom de notre association résume bien ce que l'on est, une "étape" dans leurs vies un peu plus festive, un peu plus douce que leurs tristes quotidiens" résume Sylvie.

Ce qui fait la singularité de l'Étape, c'est sa dimension "locale". Pour Sylvie, "l'État ne peux pas tout faire. C'est chacun de nous qui doit se mobiliser à son échelle et faire un acte citoyen." Pour les membres de l'association, l'action sociale est plus efficace lorsqu'elle s'exerce au plus près des gens. "L'action locale permet de tisser des liens privilégiées avec les personnes aidées" ajoute Sylvie." Le fait de les appeler par leurs prénoms leurs donnent le sentiment d'être reconnus dans la société" renchérit Hervé. Cette approche qualitative de l'action sociale qui cible et exerce un suivi  des personnes aidées marque la singularité de cette association avec les grandes ONG tels que les "Restos du Cœur" qui privilégie quant à eux une approche plus quantitative. Dès lors, chacun apporte sa contribution pour permettre à l'Étape de continuer son action sociale de manière optimale. Une quête est organisée chaque année à la paroisse pour financer les programmes de l'association. L'achat de la nourriture est pris en charge à hauteur de 50%  par le Secours catholique. Les commerçants locaux sont également au diapason à l'image de la boucherie "Le couteau d'Argent"  qui offre généreusement chaque année sa recette de Noël. Enfin, les élèves de l'institution Sainte Geneviève ont chacun offert un cadeau aux personnes invités au réveillon de Noël organisé par l'association.

La notion"d'échange" est centrale pour cette association. Une participation financière est en effet nécessaire pour avoir accès au repas chaud. "Nous sommes un restaurant solidaire. Même si ce n'est qu'un euro ou parfois moins, l'important est que chaque hôte ait le sentiment d'avoir participé par un petit geste." Ce système donnant-donnant permet aux hôtes de ne pas se sentir assisté et de conserver une part de dignité malgré leur situation précaire. Mais au delà d'une participation financière, c'est une participation morale que recherchent les bénévoles à l'image d'Hervé: "Notre action ne se résume pas à simplement donner une soupe. C'est de aussi de recevoir". Recevoir un sourire, échanger un regard sincère, partager ses anecdotes, ce sont toutes ces choses qui motivent l'action des bénévoles. Comme le souligne Mylène: "Quand je repars d'ici, j'éprouve la satisfaction d'avoir fait une bonne action".

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Publié dans Société

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